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Pays de légendes

Le Lac de la Maix

Le Diable violoneux

Autres légendes

Un peu d'histoire / sources
Le Cimetière des Innocents :

Jusqu’à une époque très récente, l’Eglise Catholique enseignait que seul le baptême délivrait l’homme des chaînes du Péché Originel, lui ouvrant ainsi les portes du Paradis. A chacun, ensuite, de mériter où non par ses actes d’y entrer.

Bien entendu, on se posa rapidement la question de savoir ce que devenaient ceux qui étaient morts sans avoir été baptisés mais avaient néanmoins mené une vie juste et vertueuse ou, comme des petits enfants, n’avaient jamais péché. Pour eux, on parla d’un lieu intermédiaire, un endroit où ils ne connaîtraient ni les félicités ineffables du Paradis ni les indicibles souffrances de l’Enfer : les Limbes. C’est là que les âmes des enfants morts sans baptême, et donc en particulier les enfants mort-nés, passeraient leur éternité.

On le conçoit, il était intolérable pour des parents d’imaginer que leurs enfants, déjà privés de vie, seraient aussi à tout jamais privés d’une place au Paradis. Loin des dogmes de Rome et des spéculations compliquées des théologiens, la foi populaire se tourna vers la miséricorde de Dieu, des Saints et surtout de la Vierge Marie, elle que l’on disait Mère de toute Miséricorde. A partir du treizième siècle apparurent un peu partout en Europe ce que l’on appela des Sanctuaires à Répit. Dans ces lieux sacrés les enfants mort-nés, croyait-on, revenaient à la vie pour quelques instants, juste le temps d’être baptisés afin de pouvoir accéder eux aussi au Paradis.

Pendant des siècles, le Lac de la Maix fut l’un de ces Sanctuaires à Répit. Les parents d’un mort-né y venaient avec le corps de leur enfant et le déposaient devant la statue de la Vierge, implorant son aide. Et les anciens disent qu’il arrivait bien souvent que l’enfant montre alors un bref signe de vie et puisse être baptisé. Lorsque le miracle, hélas, ne se produisait pas, on exposait le corps sur une pierre près de la chapelle et l’on espérait qu’à la faveur de la nuit la Vierge, enveloppée d’une longue robe de brume, vienne déposer un baiser sur le front de l’enfant. Alors il ouvrirait les yeux un instant, sourirait à la Dame si belle, et des anges le baptiseraient avec l’eau du lac avant de lui refermer les yeux et d’emporter son âme avec eux dans la paix et la joie du Paradis.

Nombre de ces enfants ont probablement été enterrés à proximité du Lac de la Maix, bien qu’aujourd’hui l’emplacement exact de ce cimetière des innocents ait été oublié.

Le 20 avril 2007, l’Eglise Catholique proclama que rien n’obligeait à croire aux Limbes, et que le destin éternel des enfants mort-nés était entre les mains aimantes du Créateur. Plus de sept cents ans après la foi simple des forestiers et des pèlerins de la Maix, elle leur ouvrait enfin les portes du Paradis....

Croyances et traditions :

Le pèlerinage dont il est question dans l’histoire du Diable Violoneux se pratiquait encore à une date récente, comme il se pratiqua depuis le Moyen-Age. Fermement ancré dans les coutumes des vallées avoisinantes, il en rassemblait les habitants pour une cérémonie religieuse et une fête qui, si elle fut sans doute moins endiablée que ne le dit la légende, devait tout de même être bien joyeuse !

En 1718, probablement inquiet des excès de la fête et considérant sans doute que les résurrections d’enfants mort-nés n’étaient que des croyances superstitieuses, Dom Petitdidier, abbé de Senones, voulut mettre fin à ce pèlerinage. L’un de ses successeurs, Dom Fangé, alla jusqu’à faire démolir le sanctuaire et l’ermitage suite aux abus qui, selon lui, se commettaient à la Maix. Mais la tradition populaire était heureusement vivace, si bien qu’en 1865 on rebâtit la chapelle et que le pèlerinage reprit, déplacé toutefois au jour de la Fête-Dieu au lieu de la Trinité.

A cette visite annuelle à la Maix étaient attachées de nombreuses croyances souvent non dénuées d’humour. L’une d’entre elles, en particulier, encourageait une femme lassée de son célibat à faire sept fois le tour du lac sans parler. Si elle y parvenait, elle était assurée de se marier dans l’année ! Les jeunes filles pouvaient aussi jeter une épingle dans une fontaine proche du lac. Si elle flottait, le mariage était certain. Si elle s’enfonçait dans l’eau, il faudrait attendre un an de plus....

Un peu d’histoire :

A proximité de la chapelle se trouve une stèle élevée en mémoire d’Arnaud Baratchart. Né à Lunéville le 23 janvier 1923, il rejoignit la Résistance et le maquis en juillet 1944 et fut fait prisonnier le 17 août de la même année. Refusant de trahir ses compagnons lors de son interrogatoire, il mourut le même jour au camp de Schirmeck.

La stèle fut inaugurée le 23 août 1970 sur le lieu où il fut blessé et capturé et depuis, chaque année, les anciens maquisards des Vosges y honorent la mémoire de leur jeune compagnon tombé en combattant la dictature nazie.

Conclusion :

Voyageur, promeneur, si tes pas de conduisent jusqu’au Lac de la Maix n’oublie pas qu’il ne s’aborde qu’avec respect et douceur. Il est bien plus ancien que nous, paisiblement lové au creux des montagnes, et s’apprivoise comme un cerf magnifique et sauvage.

Souviens-toi qu’ici on vint pour prier, que sur les berges du lac on enterra des enfants dans l’espoir de leur offrir le Paradis.

Ne souille pas ce lieu de tes détritus, préserve plutôt sa beauté pour qu’elle continue à s’offrir à ton regard. Ne trouble pas sa paix avec des bruits inutiles, tend plutôt l’oreille dans le silence pour écouter la fragile musique des légendes et, peut-être, entendras-tu dans le secret de ton coeur le chant magnifique d’une fée qui danse dans la brume....

Sources et documents :

 Légendes des Vosges, par Gabriel Gravier, collection du Mouton Bleu.

 L’Essor, numéro 213 – mars 2007. Revue trimestrielle des ACCS de Schirmeck- La Broque.

 Légendes Vosgiennes, par le Général Dosse, G.Desgrandchamps éditeur.

 Les Enfants des Limbes, Mort-nés et parents dans l’Europe chrétienne, par Jacques Gélis, chez Audibert.

La plus célèbre des légendes du Lac de la Maix, celle du Diable Violoneux, est mentionnée par Auguste Stoeber dans son ouvrage « Die Sagen des Elsasses » publié en 1852.

L’histoire du Seigneur Brigand nous vient du Général Dosse. Il l’aurait recueillie en 1886 à Vexaincourt et la publia en 1929.

Le Banc de la Vierge et l’Homme de Feu ont été mentionnés à l’origine par Albert Ohl des Marais dans ses textes sur le culte de l’eau et le culte des pierres.

La Chasse Sauvage du Seigneur de la Haute-Pierre me vient du remarquable livre de Gabriel Gravier, « Légendes des Vosges ». Il n’y précise pas sa source mais sa démarche habituelle de folkloriste et son sérieux permettent d’être certains de l’authenticité de cette légende.

Le numéro 213 de l’Essor est riche d’enseignements sur l’histoire de la Maix, de l’ermitage comme du pèlerinage. Il est très complet, et sera utile à tous ceux qui désirent approfondir cet aspect des traditions de notre région.

Le Prince des Feux-Follets et le Passeur et la Dame Blanche sont des créations personnelles, inspirées par la beauté du Lac de la Maix et, je l’espère, fidèles à l’esprit qui l’habite.

La conclusion vient du simple bon sens.... La forêt n’est pas un parc d’attraction ou un simple décor, mais un écosystème vivant et précieux. Nous n’y sommes qu’invités, respectons-là et protégeons-là. Elle le mérite, et nous avons besoin d’elle.


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