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'histoire de l'abbaye de Senones se trouve, par les hasards de l'histoire, intimement liée à celle de la Principauté de Salm.
La similitude des territoires qu'occuperont les deux « états », les affrontements successifs entre les responsables religieux et civils, les enjeux politiques, les convoitises, sont autant d'éléments qui font de ce minuscule territoire un étrange raccourci de l'histoire de France.

Au commencement était le vide chrétien...

'est vers l'an 640, en pleine conquête religieuse des Vosges, que Gondelbert pénètre sur ce territoire. Pour certains, il est évêque de Sens, mais est-il plus probablement représentant d'une communauté monastique Colombaniste alors installée à Luxeuil et très active dans les régions de l'Est.
Un territoire présenté par les narrateurs des siècles suivants comme vierge et sauvage, et pourtant des traces de présences celtes et romaines sont là pour le démentir :
Villae gallo romaine
Camp gaulois de la Bure, côte du Mont, pierres à cupules
Route dite des Sarmates en réalité route du sel strata salinatorum
Importance d'un lieu de culte comme le Donon


C'est donc dans ce « désert chrétien » que Gondelbert installe sa première cella, modeste chapelle au regard de la prestigieuse abbaye que connaîtront Dom Calmet et autres Princes de Salm.

En 661, Childéric, roi d'Austrasie, reconnaîtrait la souveraineté du monastère sur ce territoire et ce jusqu'à l'avènement de Angelram, évêque de Metz. Angelram devient abbé de Senones ; le domaine abbatial et son territoire est un cadeau de Charlemagne à son archichapelain.
Au cours des siècles qui vont suivre, l'abbaye connaîtra puissance et déclin monastique des IX et Xèmes siècles, déclin aggravé par les invasions hongroises.

Des personnages et des évènements marquants au cours de ce moyen-âge participeront à la richesse et au rayonnement de Senones.


C'est d'abord l'influence et la réforme bénédictine de Gorze que l'abbaye reçoit au Xème siècle. Les abbés vont se plonger dans cette nouvelle réforme monastique. L'influence de Gorze n'est sans doute pas aussi importante que celle de Cluny, mais pour la Lotharingie et l'Allemagne, l'abbaye de Gorze exerce une réelle influence et toucherait plus de 150 monastères.

Antoine de Pavie, nommé abbé en 1092, issu d'une noble famille italienne, va contribuer à la construction d'une abbaye riche et florissante : fondation de prieurés, constructions du monastère (cloître, réfectoires, dortoirs) et de l'église. Cette dernière est alors flanquée d'une chapelle circulaire d'inspiration carolingienne dénommée Rotonde (démolie en 1707).

La rotonde, consacrée à la vierge Marie, fût achevée vers 1154 et bâtie sur les modèles d'Aix-la-Chapelle, Lanleff, Honcourt ou Sélestat, dans la tradition templière et carolingienne, allusion au lieu saint de Jérusalem.
Ses dimensions sont loin d'être modestes (22m de diamètre pour une flèche à 30m).
Ce lieu servait de sépulture aux moines et aux puissants. Détruite en 1707, les plans nous sont restés grâce aux relevés de Dom Léopold Durand et Dom Pelletier.

n événement va marquer la vie de l'abbaye. A Senones, l'apparition de l'avoué ou voué, personnage somme toute banal dans l'histoire politico-religieuse du premier millénaire, va déterminer, par le choix de ces
« protecteurs », l'avenir du monastère.


Le glaive et la croix...

e protectorat exercé par le voué, occasionnel à l'époque romaine, est institutionnalisé par l'aristocratie franque. A l'époque féodale, le voué, chef militaire, est le défenseur des biens et des personnes, mais sa charge est révocable. A partir du XIème siècle, son statut évolue vers une transmission héréditaire. La situation de vouerie devient particulièrement recherchée : elle procure profits et influence.
u début du XIIème siècle, la famille de Salm entre en possession de la vouerie de Senones : Hermann II, parent proche de l'évêque de Metz et originaire de Salm Ardennes, en est le premier voué.

Ses descendants, forts de ce droit héréditaire, assoient leur présence en installant châteaux et dépendances et n'hésitent plus à outrepasser leurs droits, avides de s'approprier richesses et pouvoirs de l'abbaye.

C'est ainsi que Richer de Senones, présent à l'abbaye au début du XIIIème siècle, dans ses chroniques, décrit les mauvaises relations de l'abbé et de son voué auquel il reproche de s'approprier les biens du monastère plutôt que de le défendre. Il raconte ses déboires avec Henri II et Henri III de Salm et les luttes engagées pour le contrôle et l'exploitation des mines de Framont.


Prospérité et décadence...

algré cet état conflictuel avec les Salm, l'abbaye prospère et s'enrichit au point que ses biens « égalaient et surpassaient ceux des plus grands et plus puissants du pays » (Dom Calmet).
Comme on peut s'en douter, cette richesse engendre bien des envies et c'est en 1571 qu'un véritable « coup d'état » donne définitivement le pouvoir temporel aux comtes de Salm.
Le XVIème siècle est le siècle de la Réforme et du concordat de Bologne. Ces deux évènements mènent à un déclin de l'institut monastique, entraînant l'abbaye de Senones dans de grandes difficultés morales et financières.
Les raisons de cette décadence sont d'une part la Réforme qui, dans la moitié de l'Europe, confisqua les monastères, chassa ou massacra les religieux ; d'autre part, en 1516 le concordat de Bologne entre Léon X et François Ier laissait au roi de France la nomination des évêques et des abbés dans son royaume, qui jusqu' alors étaient nommés par les chanoines, abbés et moines. Le roi, évidemment, ne nomma pas les prélats les plus saints, mais les plus ambitieux et les plus dévoués à sa personne, et il s'en suivit une décadence des instituts monastiques.
Un malheur n'allant jamais seul, en 1554, un incendie détruit l'église.


Du renouveau à l'apogée...

Il faut attendre le XVII ème siècle, et plus précisément 1618 pour voir l'abbaye de Senones, malgré ses réticences, rejoindre la toute nouvelle congrégation de St Vanne et St Hydulphe.
Le renouveau spirituel apporté par l'adhésion à la congrégation a pour conséquence la perte progressive du pouvoir temporel de l'abbé de Senones. Malgré les luttes entre la maison de Lorraine, la France et la papauté, afin de s'octroyer la manne financière représentée par la riche abbaye, le monastère réussit à accroître son rayonnement et sa richesse.
Preuve en est donnée par l'embellissement et l'agrandissement de l'abbaye. De 1670 à 1715, sous la direction de Dom Joachim Vivien et de Dom Alliot, les bâtiments vont s'agrandir, s'enrichir de la maison abbatiale et prendre, à quelques éléments près, l'aspect actuel.
En 1728, Dom Calmet et Dom Fangé en 1758, améliorent et embellissent encore les édifices.



'il est un personnage qui va marquer la vie intellectuelle de l'abbaye de Senones, c'est bien Dom Calmet. Outre sa participation à l'embellissement et à l'organisation de l'abbaye, il rayonne encore par ses écrits, sa passion du livre, par ses innovations, tant en Lorraine qu'à Senones.

e meusien né le 26 février 1672, fils de maréchal-ferrant, étudie à Commercy, Pont-à-Mousson, Toul et poursuit son apprentissage intellectuel à Paris, Munster, Saint Mihiel, Lay-St-Christophe et en voisin à Moyenmoutier, un des pôles de la congrégation St Vanne et St Hydulphe dont il fait partie. C'est à l'abbaye Saint Léopold de Nancy que le Duc de Lorraine lui confie la charge de rédiger Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, achevée en 1728, année de son élection à Senones. Il rédige de nombreux ouvrages, maîtrise le latin, l'hébreux, le grec ; les jésuites, séduits par ce brillant intellectuel, tentent de l'attirer vers eux, mais il reste fidèle à l'ordre bénédictin. Sa puissance de travail et sa fécondité littéraire impressionnent toujours ceux qui le voient traiter, outre l'histoire universelle et lorraine ou la règle des bénédictins, de sujets aussi variés que les eaux de Plombières, l'origine du jeu de cartes ou les coquillages, mais aussi une Lettre sur les dragons volants, les Dissertations sur les apparitions des anges, des démons et des esprits, et sur les revenants et vampires de Hongrie, de Bohême, de Moravie et de Silésie !
Sur le plan religieux, son élection à Senones ne fut jamais contestée, consolidée par la chambre pontificale et le pape Benoît XIII en lui donnant la responsabilité d'un évêché « in partibus », afin d'exercer les prérogatives pontificales dans une région ne relevant de nul diocèse.
Une des ses réalisations les plus prestigieuses à Senones est sans aucun doute l'enrichissement de la bibliothèque ; à sa mort, celle-ci ne comptait pas moins de 12000 volumes, ce qui fera dire à Voltaire : « il y a dans ce désert sauvage une bibliothèque presque aussi complète que celle de Saint-Germain des Prés à Paris.» Richesse d'une telle ampleur qu'elle servira de fonds à la création de la bibliothèque d'Epinal après la Révolution.



Voltaire ou la rencontre incongrue entre ces deux grands esprits... A Senones, Voltaire ne perdit point son temps ; au milieu de la bibliothèque, avec les indications de Dom Calmet, lisant les Pères et les conciles, les vieux historiens de France et les Capitulaires de Charlemagne, il trouva de grands secours pour refaire son Histoire Générale.
Et malgré quelques commentaires désobligeants à l'égard de la région, de son climat et de Dom Calmet lui-même, il gardera vis à vis de ce dernier un respect certain.
Au terme d'une vie consacrée aux livres, à l'étude, mais aussi à l'organisation et au gouvernement de son abbaye, Dom Calmet s'éteint le 25 Octobre 1757 à Senones où il est enterré.


Des besoins d'une nouvelle ère...

la révolution Française, les biens de l'église sont vendus comme biens nationaux, et c'est ainsi que les bâtiments de la prestigieuse abbaye sont reconvertis en locaux industriels. Le monastère s'est définitivement vidé de ses prières mais le bruit des nouvelles machines à filer le coton, installées par John Heywood, laisse augurer d'une toute nouvelle puissance ; après celui des abbés et des Princes de Salm, vient le temps des maîtres du textile : Boussac, Laederich.

 
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Senones Moyenmoutier
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