page précédente suite
 


 
 
orte d’entrée du Pays des abbayes, Etival semble être le plus ancien des cinq monastères de la Sainte Croix des Vosges. De nombreuses évocations semblent montrer, avant l’arrivée de Gondelbert à Senones, une présence monastique à Etival.
Ce qui reste remarquable, c’est l’étonnante unité temporelle et géographique de ce territoire, christianisé au VIIème siècle.



L’élan monacal de la noblesse….

orsque Leudin Bodon, né vers 605, prend pour épouse Odile, de la noble race franque des sincambres, rien ne laisse supposer qu’ils vont abandonner leur pouvoir laïc et se consacrer quelques années plus tard à la simplicité de la vie monacale.
Saint Valbert, abbé simcambre de l’abbaye colombaniste de Luxeuil, directeur spirituel du couple, les entraîne sur la voie du dépouillement. Leur fortune et leurs biens héréditaires les autorisent à doter les abbayes de Bonmoutier, pour leur fille Thierberge, et Stivagium (Etival).
Empreinte de l’esprit de Saint Colomban, Etival fut ainsi dotée de deux monastères : l’un, à l’endroit actuel de l’abbaye, destiné aux moines, l’autre, couvent destiné aux religieuses, fut détruit lors des invasions hongroises du Xème siècle.



De Sainte Odile...

e ces temps anciens, où vie des saints et légendes s’embellissent sous la plume des narrateurs, convaincus par leur foi mais non par la raison, il est difficile d’affirmer quelque certitude que ce soit. On s’aventurera donc à dire que Sainte Odile eut pour père Adalric (ou Attic, Ethic ou Etichon), duc d’Alsace, et pour mère Berchsinde ou Berwinde. Elle naquit aveugle. Notre histoire commence de la même façon, mais voici une toute autre version élaborée, cette fois, à la lecture des textes anciens et nettoyés de la légende.


ans ce monde très croyant, le handicap de la jeune enfant ne pouvait être que la marque d’une sanction divine et il fut nécessaire de l’éloigner des regards. Berchsinde avait une amie, Richilde, nièce de Sainte Hunne, parente de Etichon. Richilde, amie de Saint Déodat (Saint Dié), voulut se retirer du monde et, tout naturellement, entra au couvent de femmes le plus proche, Etival. Berchsinde, cherchant un asile à son enfant, fait appel à son amie qui la prend auprès d’elle au monastère. Ce monastère a été édifié par l’épouse de Bodon, Odile…

'enfant doit être enseignée en religion et baptisée. A quelques lieues de là, le Saint homme Hydulphe évêque de Trèves, vient se retirer, se consacrant à la sagesse monacale ; sa réputation est si grande que son frère, Saint Erhard, lui-même évêque de Trèves lui rend visite.
Etichon et Berchsinde font appel aux deux Saints et le baptême a lieu dans ce couvent où elle prend le nom d’Odile en hommage à la bienfaitrice. Le miracle a lieu : l’enfant recouvre la vue en ces lieux qui portent encore aujourd’hui les noms vénérés depuis le fond des âges de champs Ste Odile, prés Ste Odile ou encore Fontaine Ste Odile. La jeune enfant peut alors regagner son Alsace natale pour y fonder le monastère de Hohenbourg en lieu et place du château parental d’Altitona…par un chemin qui la mènera d’Etival à Schirmeck et de Schirmeck à Altitona étrangement nommé « chemin de sainte Odile »





...A Sainte Richarde…impératrice


es lignées nobles ne s’arrêtent pas là, puisque quelques temps plus tard, vers 888, l’on retrouve dans ce couvent des « nobles dames », Richarde, épouse répudiée pour adultère de Charles le Gros, s’initiant à sa future vie religieuse. Sainte Richarde est noble fille des anciens ducs d’Alsace de la lignée de Sainte Odile. C’est en effet en 888( ?), qu’après un séjour à Hohenbourg, elle vient à Etival. L’abbaye lui a été donnée en mariage et elle y vient effectuer son noviciat sous les hospices de l’abbé Ecbert. Elle fait d’Etival une dépendance d’Andlau et y installe 13 chanoines dont un grand prévôt élu.

Mais voici venue des lointaines régions de l’Est, la déferlante des hordes de Hongrois, pillant et ravageant tout sur leur route, faisant fuir les populations. Moyenmoutier, Senones dans une moindre mesure et Etival sont détruites…le couvent des « nobles dames » est effacé à jamais. Otton I, vainqueur des Magyars, confirme le pouvoir spirituel et les biens de l’abbaye mutilée.
Etienne de Bar, évêque de Metz, de retour de croisade, demande aux moines stivaliens de s’occuper de sa toute nouvelle abbaye d’Autrey ; ils y restent quelques années…mais un vent nouveau se fait jour pour Etival.



Un nouvel ordre monacal…

e prévôt d’alors, Conrad II, fait venir un nouvel ordre, alors en pleine expansion : l’ordre des Prémontrés.
Les nouveaux moines se chargent de la reconstruction de l’abbaye. Un nouveau statut s’applique alors : Etival ne dépend plus que du Pape. Eugène III confirme l’exemption des dîmes et l’indépendance vis à vis des évêques de Toul.
Cette période sera prospère, de grandes figures marqueront la vie de l’abbaye à l’égal de ses voisines Senones et Moyenmoutier. Gérard de Ville, François de Fagnozel ou Louis Hugo, contribueront au renom de l’abbaye et y feront venir moines défricheurs et cultivateurs, y feront naître sur les bords de la Valdange les premières fabrications du papier…


Saint Norbert, prédicateur populaire allemand, fonde un monastère dans la forêt de Coucy, à Prémontré en 1120. Cet ordre réunit des chanoines réguliers qui vivent du travail manuel agricole et suivent la règle de saint Augustin. Leur objectif est double : d'une part une véritable vie monastique fondée sur la prière et l'ascétisme; ils décidèrent de se vouer à une pauvreté totale afin d'obéir à l'ordre du Christ : « Ne prenez ni souliers, ni ceinture, ni vêtement de rechange ». d'autre part, ils étaient aussi très respectueux des obligations de la vie contemplative : la vie de ces monastères s'organise vite autour de la messe quotidienne.

Certains compagnons de Norbert auraient voulu garder le surplis de lin et la grande chape noire des chanoines réguliers carolingiens. « Je sais une chose, c'est que les anges témoins de la résurrection sont apparus vêtus de blanc », c'est pourquoi les prémontrés d'aujourd'hui portent toujours cet habit blanc.




L’abandon...

usqu’à ce jour de 1739 où le père Hugo disparaît, l’abbaye connaît ce privilège de l’indépendance, n’ayant pour seule tutelle que la papauté. Le rattachement à l’évêché de Toul puis à celui de Saint-Dié en 1777 précipitera l’abbaye dans l’oubli…elle qui fût le cœur du ban d’Etival et le centre des activités humaines se voit mise à l’écart lorsqu’en 1858 les papeteries, le chemin de fer, les voies de communication se transportent vers la Meurthe, lointain souvenir de terres marécageuses.
Blessure supplémentaire à ce joyau de l’art roman en Lorraine, le stupide dynamitage subi le 9 Novembre 1944. Heureusement reconstruite aujourd’hui, elle garde toujours l’entrée de la vallée des abbayes.

----------------------------------------------
Senones Moyenmoutier
----------------------------------------------



Office de Tourisme Pays des Abbayes 18, place Dom Calmet 88210 SENONES - Tel : 03.29.57.91.03